Savez vous parler Auvergnat?

Ecrit par L'eautochtone le 28 août 2013

Aujourd’hui je me permets une petite digression sur notre patois de chez nous. Je suis tout pardonné, il le vaut bien!! La langue parlée en Auvergne est l’Occitan. L’Occitan comprend plusieurs dialectes qui sont : l’Auvergnat (l’auvernhat), le Limousin, le Provençal, Le languedocien, le Gascon… L’UNESCO classe l’auvernhat comme « sérieusement en danger » dans son Atlas des langues menacées.

auvernhat

patois-auvergnatL’occitan est une langue romane proche du catalan (une fois l’accent assimilé il est parait-il très facile de discuter). Au début du siècle il y avait 32 millions de locuteurs répartis sur 32 départements. L’école républicaine n’acceptant que le français et la dévalorisation de la langue aidant et il ne doit pas rester plus de 1 million de locuteurs aujourd’hui (voir beaucoup moins)… Mon père me dit souvent que grâce au patois il comprend très bien ses collègues portugais. L’occitan n’est pas une forme appauvrie du français, mais bien une langue à part entière.

Le patois auvergnat se transmet principalement grâce à la famille, mais il existe encore des collèges (comme notamment celui de Saint Dier D’Auvergne) qui proposent d’apprendre notre dialecte. D’après l’Unesco :

La langue est parlée par les grands-parents ; alors que la génération des parents peut la comprendre, ils ne la parlent pas entre eux ou avec les enfants.

Nous sommes toutefois encore loin de régions comme la Bretagne qui propose des panneaux directionnels en Breton ou aussi de nombreuses émissions radio en langue locale. Nous avons également fait un article sur le patois auvergnat et la thématique de l’eau.

Saca-te, asseta-te e mainatja-te ! 

Phrase envoyé par un internaute qui signifie : « entre, assied-toi et prends soin de toi ! »

Quelques expressions dauvernhat :

Salut : adieu (tutoiement), adissiatz (voussoiement)
Bonjour : bonjorn (le o se prononce ou)
merci : merces
merci bien : merces plan
ça va ? : coma va (le a en fin de mot se prononce quasiment o)
ça va : va plan (le n est mangé, ce qui donne plus ou moins va pla)
quoi de neuf ? : qué de nòu (+/- naou en mangeant le a) ?
maison : ostal/ostau (selon les régions), maison en auvergne (méïzou)
Auvergne : auvèrnha (nh se prononce comme le gn français)
Clermont : Clarmont
Puy de Dôme : Puei-Domat
Aurillac : Orlhac (lh se prononce comme le ill français)
couillon : colhon (un mot piqué directement à l’occitan)
amour : amor (idem)
on n’est pas d’ici : san pa dat-yi (pas la peine de le dire, ça se voit!!!)
tomber : se chivader
traverser : tranchumer (par dessus) une barrière par exemple
porte toi bien : pòrta-te plan/ben (une expression d’origine occitane et utilisée quasiment uniquement en occitanie)
je suis auvergnat : siau auverhat
peut-être : biau ou bi o
c’est bon : aquò es bon (co é bou)
on n’est pas d’ici : sèm pas d’aqui (sam pa d’atyi)
c’est beau : aquò es (co é brave)
c’est cher : aquò es char (co é tsa) (à éviter en Auvergne)
donnez nous à boire : bailar a beure (bela a béoure)
remettez nous ça : tornatz botar aquò (tourna bouta quo)
donnez nous à manger : bailar a manjar (bela a mandza)
du pain : de pan (de pouo)
de l’eau : d’aiga (d’aygue)
du vin : de vi
du jambon : de jambon (de dzanbou)
du cochon : de cotsou
bonsoir : bona velhada (bouna veillade)
a demain : a deman (a demo)
bonne nuit : bona nuèch (bouna neu)
méfies toi : mesfisa-te (méfia teu)
peut-être : benlèu (biau ou bi o)
le chien : lo chin (lou tchi)

Quelques ajouts grâce à jp gine :

« Cala manit o beveràs a la lòs (?) » (‘Cala mani o bézera a la los’) : tu vas te taire ou tu vas prendre un coup de louche

Vai te coeijar (vaill té quitza) : va te coucher
Sala bèstia (sale besteu) : sale bête
Un pechon canon de roge? (un pet’cho canou de roudze) : un petit canon de rouge ?
Passa-me l’aiga (passe a mi l’aiigue) : passe moi l’eau
Coma acò vai? (commin qu’o vaille) : Comment ça va ?
Acò vai (aco vaille bian) : ça va bien
Al ten de jautas coma las pachas (?) de pòrc (o té dé jotas comme la pacha de pwo) : elle a des joues comme des fesses de cochons !
Sarra-la : ferme la (ta gueule)
Achaba-ne’n ben ton jaç (?) (tsbanin bi tonjaz) : Arrête de dire des conneries
Botja-te d’aici barboia (?) : Boudza te d’actchi barboïlle : Ote toi de là ….
La bujada : La lessive
Una padèla : Une poêlle
Vatz : une “source”
Un cacòu : Un oeuf.

En phonétique:
bèi bire une cop : vient boire un coup
bail té jailré : va te coucher
lou fraté : le chat
ji ou al : si je veux
Dipoutsin nu : dépéchons nous
a tojte : à tout de suite

Quelques prénoms :

Guy : Guitou
Nicolas : Micolau ou Nicolau

Au XIXème siècle, le patois seul était couramment pratiqué. C’était une langue essentiellement parlée, non écrite, et dont les intonations variaient selon les régions. En Haute-Auvergne et dans le Velay, la langue est plus sonore qu’en Basse-Auvergne. A la manière de prononcer, on pouvait même savoir de quelle paroisse venait son interlocuteur. Cependant, c’est bien en général, le même vocabulaire et la même syntaxe qui sont utilisés dans toute l’Auvergne.

L'Auvergnat Cola exporte le patois auvergnat dans toute la France

L’Auvergnat Cola exporte le patois auvergnat dans toute la France

Pour désigner les objets quotidiens, bon nombre de termes gaulois ont été conservés : saile, brayes, banne (corne), suc, grun (hauter), alaude (alouette). D’autres mots ont été empruntés au langage de l’envahisseur romain : c’est en latin que l’Auvergnat trait ses vaches ou ses brebis : son moudge, mousi, et à peu de chose près le mulgere de Virgile. C’est en latin qu’il moissonne : mègre (lat. medere) ; qu’il bat son blé : escoudre (la. escutere) ; qu’il cache ses économies : ricondre (lat. abscondere) ; qu’il respire : avena (bas lat. halenare) ; qu’il ouvre sa porte : bada et qu’il bâille : badaya (lat. badare) ; qu’il crache : escopi (lat. exspuere) ; qu’il brûle et détruit par le feu : crema (lat. cremare) ; qu’il a mal : me dôou (lat. mihi dolet) [1].

Mais le vrai fonds du parler auvergnat, ce sont des mots de l’ancienne langue, les vieux mots simples du Français qui se sont ici conservés en dépit du parler officiel ; ainsi l’Auvergnat ne se régalait pas, il se galait et, pour laisser entendre qu’il se reposait, il disait tout bonnement qu’il se « pausait ».

Le patois est surtout une langue de métier très riche en termes précis pour tout ce qui touche aux champs, aux outils, aux objets usuels – riche aussi en verbes d’action mais possédant en revanche fort peu de mots abstraits. Pas de grands discours, pas de mots inutiles. En patois, le récit, restant oral, devait être le plus à même de se graver dans la mémoire. Il y gagnait en densité et en relief. On s’exprimait d’ailleurs souvent par formules, en se servant volontiers de phrases toutes faites, de dictons hérités du bon vieux temps et qu’on se transmettait de génération en génération.

Al còp que ven

Sources :

- Bourboule.fr

- Patois d’Aigueperse

- L’exellent forum du Cyberbougnat

- Le forum des Cybervulcans

- Le forum du Sidh

Ps : Si avec ça la Buveuse d’eau ne se met pas à parler auvergnat!

5 réponses à “Savez vous parler Auvergnat?”

  1. guillot josiane dit :

    qui êtes vous

    bien votre site

    au còp que ven, sèi la novela presidenta (quò fait tres ans de l’ieo 63, 06/08/21/455/55)

    au plaser

  2. Quò fa plaser de veire atau de monde que, benlèu, son pas d’especialistas de lenga e que fin finala son mai assabentats que non pas la populacion de França e mai… d’Auvèrnhe !
    Ça fait plaisir de voir comme ici des gens qui peut-être ne sont pas des spécialistes de la linguistique mais qui en savent plus que la moyenne nationale… et même auvergnate !
    Plan coralament / Bien cordialement
    Catherine Liethoudt

  3. Lyddé dit :

    > Mon père me dit souvent que grâce au patois il comprend très bien ses collègues portugais.

    Je suis ici, sur cette page, pour cette raison. Une copine me dit souvent que sa famille par alliance d’origine portugaise comprend ce que dit sa famille qui parle le patois auvergnat, et vice-versa. Elle en conclue hâtivement que l’Auvergne a certainement été une colonie du Portugal dans les anciens temps, et nous rigolons bien.

    Donc si j’ai bien compris, ce serait l’occitan la racine commune. Et je mets le lien de côté pour elle, qu’elle se fasse sa propre compréhension… quand elle aura Internet.

    Merci

  4. pèire dit :

    Corrections en graphie occitane :

    on n’est pas d’ici : Sem pas d’aquí (« aquí » prononcé avec une mouillure. La mouillure et le chuintement sont caractéristique de l’auvergnat et… du portuguais!)
    tomber : se chivadar
    traverser : tranchumar (par dessus) une barrière par exemple

    Ven beire un còp : viens boire un coup
    Vai te jaire : vas te coucher
    lo frate : le chat
    Si ieu vòle : si je veux
    Despachem-nos : dépéchons nous

    Saile, braias, ban (corne), suc, grun (hauteur), alauda(alouette).
    Móuser ou Mousir (triare)
    Mègre (lat. medere)
    escodre (la. escutere)
    rescondre (lat. abscondere)
    alenar (bas lat. halenare)
    badar
    badalhar (lat. badare)
    escopir (lat. exspuere)
    cremar (lat. cremare)
    me dòu (lat. mihi dolet)

  5. Guillaume dit :

    Salut,

    Merci pour ce bel article.
    Il me parait cependant capital de préciser que notre patois est différent selon les lieux et qu’il y a presque autant de prononciations que de cantons en Auvergne !

    Un exemple concret, je me rappelle parfaitement avoir appris le patois du côté du sud de St Flour, (Ruynes en Margeride, Anglards de St Flour, … avec mes chères et regrettées Mamie et Tantine : on prononçait comme suit (phonétique):

    como co baï (Comment ça va ?)
    béléo go (peut-être)
    Arabir (en roulant les r) : au revoir
    A(m)inartico : à bientôt
    co pléo : il pleut

    etc…

    Comme je dis souvent pour la truffade : il y a autant de recette que de Mamans en Auvergne, mais la meilleure reste celle la mienne !