Pourquoi les lacs disparaissent-ils ?

Ecrit par la buveuse d'eau le 27 octobre 2009

pavin-5A l’échelle des temps géologiques, les changements physiques sont énormes, continents qui se déplacent, mers qui se forment et disparaissent, montagnes qui surgissent… Mais à l’échelle d’une vie humaine ces changements sont presque imperceptibles. Sauf lorsqu’ils sont provoqués par l’homme. Depuis des siècles, l’homme façonne son environnement. Des zones humides ont ainsi été « effacées » par l’homme de la surface de la terre, volontairement, ou non.

Sous le règne de l’empereur romain Claude (41-54), le lac Fucin, dans les Abbruzzes fut asséché en partie (la superficie asséchée couvrait 50 km² et le lac résiduel 90 km²) afin de prévenir les inondations qui ravageaient fréquemment les environs. Il fut donc creusé un émissaire (canal ou cours d’eau qui permet l’évacuation du trop plein d’un lac ou d’un bassin), qui devait permettre l’écoulement définitif des eaux du lac au travers de la montagne adjacente. Ces travaux durèrent 11 ans faisant travailler 30.000 hommes.

Mexico, mégapole de 18 millions d’habitants, est construite sur un ancien lac et d’anciens marais. Les Aztèques, avaient fondé leur capitale Tenochtitlan, sur l’emplacement du lac de Texcoco. Ils avaient drainé lacs et lagunes pour implanter leur cité et absorber la croissance démographique. Les Espagnols ont ensuite continué ces travaux pour la fondation de Mexico achevant l’assèchement du lac et des marais. La capitale méxicaine est aujourd’hui confrontée à l’instabilité chronique de son sous-sol alluvial qui se tasse année après année.

Aux Pays Bas, en 1612, le lac de Beemster fut asséché. Ce lac s’était formé à la suite de récoltes toujours plus importantes de tourbes par les habitants de la commune qui avaient abaissé le niveau du sol permettant à l’eau de s’accumuler. Ce lac, créé par les activités de l’homme fut asséché en coupant toute alimentation extérieure en eau, en élevant des digues, et en y plaçant des moulins à vent qui actionnaient des pompes ou des roues à godets, transportant ainsi peu à peu l’eau dans les fossés d’écoulement prévus à cet effet. Aujourd’hui, les fossés, les digues construits au début du 17°S sont encore visibles.

Mais au delà de ces travaux d’assainissement très fréquents dans l’histoire, il est des lacs qui disparaissent du fait de la négligence ou de la vision à court terme des hommes.

landsat_aral_triptychL’exemple le plus célèbre est celui de la Mer d’Aral. Cette mer intérieure était autrefois le 4e lac au monde par sa superficie ; dans les années 60, ce lac alimenté par 2 fleuves, l’Amou-Daria et le Syr-Daria occupait une superficie de près de 68.000 km² et était d’une profondeur maximum de 53 mètres même si sur 1/3 de sa surface, la profondeur n’était que de 10 mètres. Cette situation prévalait jusqu’au moment où furent mis en place des canaux de dérivation pour l’irrigation des champs de coton. La décision de transformer cette région d’Asie centrale en fournisseur de matières premières de l’URSS a entrainé une extension dramatique des surfaces irriguées (4.5 millions d’hectares en 1960 – 7 millions en 1980). Les canaux d’irrigation mal conçus (non revêtement des conduites) et mal entretenus ont encore accentué les pertes d’eau consécutives à l’irrigation des terres. Les apports en pesticides, en produits phytosanitaires ont pollué le lac, la baisse de son niveau a entrainé une moindre dilution des minéraux (dont le niveau a quadruplé), le tout ayant pour conséquence la disparition de très nombreuses espèces végétales et animales. La pêche a presque totalement disparu de cette région, la moitié des espèces de mammifères et d’oiseaux également. Des tempêtes de sable salé ravagent tout sur leur passage. En 2000, la superficie du lac n’était plus que de 34.000 km², il est séparé en 2 parties distinctes (la petite mer et la grande mer).
Dès la chute de l’empire soviétique, des projets de sauvetage de la mer d’Aral ont été mis en place. Certains avec succès même s’il reste beaucoup à faire. La banque mondiale, le PNUD, l’Unesco ont aidé au financement de projets de barrages, de réutilisation d’eaux de drainage à la place d’eau douce pour l’irrigation, de restauration de forêts pour lutter contre la désertification…

En Chine, le lac Qingtu a entièrement disparu en environ 30 ans. Situé dans le nord ouest du pays, ce lac qui avait une superficie de 400 km² et de 60 mètres de profondeur a été asséché du fait de l’irrigation intensive mise en place dès les années 50. Et sa diminution fut constatée dès les années 60. Actuellement, cette terre est devenue presque entièrement aride, des tempêtes de sables recouvrent toute la région d’une couche empêchant les cultures. La portion de la grande muraille de Chine qui passe dans cette région est également atteinte et plus de 40 km de murailles ont disparu sous l’assaut des éléments.

En Afrique de nombreux lacs sont actuellement en danger. En Ouganda, le lac Victoria, l’un des 4 plus grands au monde, a vu son niveau baisser ces dernières années du fait de barrages installés au niveau du débouché de lac. La baisse d’au moins 2 mètres du lac a endommagé sévèrement les zones marécageuses riches en papyrus et en poissons. Une baisse du niveau du lac affecte les populations locales sur les 3 pays qui accueillent ce grand lac. Les industries et activités agricoles polluantes entrainent un phénomène d’eutrophisation qui asphyxie le lac.

landsat_chad 2001Le Lac Tchad lui, ne couvre plus que 2000 km² au lieu de 25000 km² il y a 40 ans. Les périodes de sécheresses, l’avancée du désert, le déboisement systématique des environs et sans doute certains aménagements sur les rives du lac qui en modifient la dynamique et les flux. Ce lac s’est déjà asséché au 15° et 16°S sur de longues périodes, mais pourra-t-il encore se régénérer ? Les pays limitrophes du lac cotisent à une caisse en fonction des dégats qui leur sont attribués. La programme des Nations unies pour le développement a financé sur 5 ans, un projet pour l’inverson des tendances à la dégradation des terres et des eaux dans le bassin du lac Tchad. Il s’agissaitn de metrte en place des mécanismes de gestion concertés des ressources naturelles, de favoriser les initiatives régionales… L’avenir dira si ces actions auront un impact positif sur le Lac et son écosystème.

Il ne suffit que de quelques dizaines d’années pour altérer de manière dramatique un écosystème comme les grands lacs d’eau douce. Leur sauvegarde passe par des changements importants d’attitude vis à vis de l’eau qui doit être considérée comme une ressource fragile et épuisable. Mais parfois, l’homme n’y est pour rien, comme dans le cas étrande du lac Témpanos au Chili qui en 2007 avait soudainement disparu pour réapparaitre ensuite laissant les scientifiques perplexes devant ce phénomène étrange…

Sources :

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